Formation

L’oubli

Il y a quelques mois j’ai regardé sur Netflix la série « Black Earth Rising » dont le sujet central est le génocide des Tutsies par les Hutus au Rwanda en 1994. Je n’avais alors que des notions très vagues sur ce drame, même si très fréquemment il en est fait état dans la presse. J’ai alors immédiatement lu plusieurs ouvrages sur le sujet et en particulier l’excellent livre de Guillaume Ancel : « Rwanda, la fin du silence » et le très émouvant « On a deux yeux de trop » associant les terribles photos d’Anthony Suau, aux textes de Florence Aubenas. J’ai complété cela par la lecture de très nombreux articles de presse, d’étude de cartes, de comptes rendus et d’enquêtes.
Je n’étais pas pour autant devenu un expert sur ce sujet, mais je commençais à mettre en place les différentes pièces de ce dramatique puzzle historique. Je commençais à savoir qui était qui, qui était intervenu, et je me trouvais en situation de comprendre les prises de positions des uns et des autres. J’étais même en situation d’expliquer à quelqu’un qui n’aurait eu aucune information, les quelques éléments clés, les mettre en perspectives et exprimer les questions qui restent toujours sans réponse.
Je précise que je n’avais pris aucune note, rédigé aucun mémo et encore moins de note de synthèse.
Et puis les mois ont passé, six pour être précis. J’ai laissé ce sujet et mes vies professionnelle et personnelle m’ont orienté vers d’autres préoccupations et d’autres sujets.
Il y a quelques jours, je suis tombé sur une interview d’Hubert Védrine et à cette occasion j’ai essayé de faire le point de ce que j’avais retenu en essayant de rechercher dans ma mémoire les éléments essentiels.

Et là, je dois me rendre à l’évidence, j’ai oublié ! Certes pas tout mais très clairement plus de 80 ou 90% de ce que j’avais appris.

S’intéresser, comprendre, n’est pas suffisant, pour apprendre il faut mémoriser et pour mémoriser il faut revoir, les étudiants diraient réviser.
Dans son livre « Apprendre » Stanislas Dehaene, y consacre quelques pages, il fait référence (sans le nommer) à la courbe de l’Oubli d’Ebbinghaus, qui montre que naturellement nous perdons, nous oublions très rapidement, que dés la 24 ème heure nous avons perdu plus de 50% des informations et après six mois il ne nous en reste que moins de 20%. Cela est malheureusement tout à fait conforme à ma propre expérience.

Mais Stanislas Dehaene reprend les travaux du psychologue américain Hal Pashler qui montre qu’en reprenant l’apprentissage (révisant) dans les 24h puis en espaçant progressivement les révisions : une semaine, un mois, six mois, un an…, nous augmentons considérablement le niveau de mémorisation sur du très long terme.

Que dois-je en retenir ? Des évidences que mon expérience, m’avait pourtant appris. Je dois prendre des notes, faire un travail de synthèse, pour pouvoir le relire, le réviser à intervalles croissants. Je me souviens des difficultés que j’ai rencontré pour apprendre l’anatomie lors de mes études de médecine et ce n’est qu’en reprenant plusieurs fois cet apprentissage que j’ai pu en mémoriser durablement une grande partie.